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mercredi, 26 septembre, 2018

Attaques à l’arme blanche ou à la voiture : la France est-elle face à une intifada des couteaux ? Par Alexandre Del Valle

À Oberkampf, un homme criant “Allah akbar” et parlant de djihad a été interpellé lundi 10 septembre au matin. La veille, une série d’attaques à l’arme blanche s’est produite dimanche 9 septembre soir à Paris dans le 19e arrondissement. Si aucun élément ne permet d’envisager la piste terroriste à ce stade, l’attaque fait écho à plusieurs attaques du même type revendiquées par l’Etat Islamique.

Atlantico : 900 %. C’est le nombre dévoilé par l’institut Montaigne et qui concerne l’augmentation de fidèles salafistes en France depuis 1990. Aujourd’hui, cette idéologie réunirait entre 30.000 et 50.000 personnes. Peut-on établir une corrélation entre la progression décrite dans le rapport Montaigne et ce type de fait divers ?

François Bernard Huygue : Oui dans la mesure où il ne s’agit pas d’attribuer toute attaque au couteau faite par un non européen systématique une attaque djihadiste mais il ya  quand même une corrélation dans la mesure où les attaques au couteau comme on en a vu depuis un an en France se sont convaincus dans leur coin ou avec une petite bande de copains qui se réclament d’une idéologie djihadiste mais ne sont pas des commandos organisés.

Il faut distinguer un peu les choses. Le djihadisme c’est l’engagement dans une lutte armée pour établir le califat sur terre et défendre la terre. Ce dernier suppose le recours à un moyen qui s’appelle le terrorisme dans un but politique. Ce n’est pas la même chose que l’islamisme qui partage le même idéal mais ne veut pas l’établir par un affrontement armé. Il veut s’infiltrer dans des associations, des institutions pour changer les choses de l’intérieur. Je n’aime pas trop la comparaison avec l’intifada car cette dernière est une révolte du peuple ou du moins des jeunes, spontanée sans moyens qui jette des cailloux sur les soldats israéliens. Si l’on doit faire une comparaison avec la première intifada ce serait avec les émeutes dans les banlieues.

Dans le djihadisme on est dans un projet planétaire. Ne mélangeons pas trop les deux.

Alexandre del Valle : Tout d’abord, “entre 30 000 et 50 000”, c’est une fourchette basse. Déjà dans la fin des années 90, le ministère de l’Intérieur évaluait près de 50 000 sympathisants. Je ne vois pas comment cela peut-être moins qu’il y a 20 ans. Nous ne pouvons clairement pas accuser le rapport d’avoir exagéré.

Ensuite, nous pouvons aisément faire une corrélation entre ce que dit le rapport de l’Institut Montaigne et ce qui se passe actuellement :

Il y a d’abord une analyse idéologique du problème. Plus l’idéologie se répand, plus cela donne une légitimation à ceux qui veulent passer à l’acte.

Mais on peut aussi parler de l’effet psychologique appelé aussi “l’effet Werther”, qui montre que lorsqu’il y a des attaques de ce type très médiatisées, cela peut donner des idées à plein d’autres.

Donc, à 50 %, le rapport Montaigne est une bonne source d’explication qui montre que l’idéologie se repend. Mais cet effet imitation qui peut attirer n’importe qui, même quelqu’un qui n’a rien à voir avec l’idéologie, en est la seconde moitié. L’effet imitatif, médiatique qui peut attirer n’importe quel psychopathe.

Les médias ont donc leur responsabilité ?

Alexandre del Valle : Les médias sont les premiers responsables ! Je le dis dans mon livre “La stratégie de l’intimidation”. Comme dit le grand analyste américain Walter Laker, le terroriste allume la mèche, mais ceux qui font exploser la bombe, ce sont les médias. La bombe au sens du choc psychologique. Beaucoup de crimes beaucoup plus meurtriers se passent tous les jours sans que personne n’en parle. C’est là tout le génie des djihadistes, c’est de réussir cet effet multiplicateur grâce à la médiatisation. Le phénomène existe, c’est indéniable, mais ceux qui le multiplient, ce sont les médias.

 

C’est un peu comme un couple. Les terroristes ne vivent pas sans les médias.

Comment contrer ce phénomène ?

Alexandre del Valle : Il faut continuer à en parler bien entendu. Mais on pourrait le faire en vantant beaucoup plus l’héroïsme des victimes, en les mettant à l’honneur, et sans donner trop d’importance au bourreau. Il ne faut pas nier la responsabilité du criminel, mais lui donner moins de place. Souvenez-vous que lorsque procès de Mohamed Merrah, on voyait sa mère pleurer…

Je prends l’exemple de la Russie où jamais cela n’aurait lieu. Là-bas, on accuse les parents d’être responsables, toute la famille est immédiatement placée en garde à vue.

La Russie ne donne aucune possibilité au camp des bourreaux de faire de la publicité pour eux-mêmes. Car c’est bien là le but du terroriste, que l’on parle de lui et de son idéologie.

C’est à nous de faire le scénario. Actuellement, les médias font le scénario des terroristes.

Comment expliquer la multiplication de ce type d’attaque “improvisée” ?

François Bernard Huygue : D’une part ce type d’attaques a été recommandé par le calife l’EI lui-même. Ce dernier avait fait une déclaration dans laquelle il appelait à tuer les mécréants par tous les moyens possibles.  Ce genre d’actes répondent bien aux recommandations de l’organisation terroriste mais sont aussi le reflet de l’affaiblissement de l’organisation terroriste. Il est beaucoup plus compliqué d’organiser de grandes opérations comme celle du 13 novembre aujourd’hui, également parce que nos services de renseignement ont gagné en expérience.

On peut tergiverser pendant des heures sur les origines de la radicalisation, les possibles troubles psychiatriques (pas forcément incompatibles avec un acte antiterroriste) mais ils le font tous au nom d’une idéologie précise. Si cette idéologie monte, il y a forcément une corrélation.

Pour contrer la progression, Hakim El Karoui envisage une “réorganisation du culte pour lutter contre l’islamisme” qui “se traduirait par la création d’une institution chargée d’organiser et de financer le culte musulman”, l’association musulmane pour l’islam de France (Amif). Comment appréciez-vous cette “solution” ? Peut-on réellement faire un “islam de France” à l’heure de Youtube ?

François Bernard Huygue : C’est un peu réinventer l’UOIF. C’est un problème que l’on a depuis longtemps du fait de la nature même et de l’organisation même du culte musulman. Cela parait a priori une bonne idée d’avoir une association pour l’islam de France, de réunir en un seul endroit des interlocuteurs raisonnables pour venir à but de l’influence salafiste. On les trouvera d’autant plus facilement que même si l’influence salafiste monte en France, les musulmans sunnites français ne sont pas pour une immense majorité d’entre eux wahhabites salafistes. C’est ce fameux islam modéré de France dont on rêve. Maintenant le problème c’est l’application. L’influence wahhabite est très forte sur les réseaux sociaux. Les jeunes sont très exposés à ces prêcheurs, prédicateurs plus ou moins modérés et peuvent finir par considérer l’imam de leur mosquée comme un agent de l’extérieur modéré et pas un vrai musulman pur et dur. On n’a jamais su créer un vrai contre-discours. Plein d’associations dénoncent ces prédicateurs et l’influence salafiste sur les réseaux qui est financée, organisée… Lutter contre ces derniers alors que l’on n’a pas de contre discours cohérent semble difficile.

Alexandre del Valle : Je le dis depuis des années ! Cela fait trente ans que ceux qui connaissent le sujet le disent, nous avons laissé faire n’importe quoi… Le Conseil du Culte Musulman Français est dirigé par Ahmet Ogras, un proche d’Erdogan. C’est inacceptable. Il serait temps d’en faire un culte normal qui représente les Français musulmans normaux.

Oui, un islam de France est possible. Nous n’en avons simplement pas eu la volonté. L’Islam de France, pour l’heure, c’est un magot disputé par plein de concurrents étrangers qui veulent se partager le marché.

Concernant Youtube et les réseaux sociaux, nous avons su lutter contre les réseaux pédophiles, nous pouvons faire la même chose contre les mouvements radicaux.

Il faut encadrer.

Au niveau du culte, nous pouvons faire un système qui interdit purement et simplement les radicaux qui ne partagent pas nos valeurs. C’est ce qu’a fait l’Autriche, avant que l’extrême droite n’arrive au pouvoir, en 2015. Et c’est un pays de très vieille tradition musulmane. Elle a toujours eu une tradition de représentation du culte musulman au niveau officiel. Ces dernières années, elle s’est rendu compte que l’islam était monopolisé par des fanatiques. Elle a complètement interdit les mosquées salafistes, expulsés tous les salafistes pro saoudiens et a remplacé ces fanatiques et ont fait un islam compatible.

Nous ne sommes pas plus stupides que les Autrichiens. Peut-être allons-nous dans le bon sens. Toujours est-il qu’il a fallu attendre 2017 pour que la France commence à réfléchir en ce sens.

 

Source: Atlantico.fr

 

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Commentaire

  • Franck DEBANNER

    16 septembre 2018

    Décidément,François TANZY, toujours une remarque profonde dans la bêtise ! Islam, ça veut dire soumis. Alors, bien qu’il existe, à dose homéopathique, des musulmans courageux pour dénoncer l’extrémisme avec énergie, la majorité des “musulmans normaux”, ne bouge pas. Elle n’a jamais bougé et elle ne bougera pas, tant qu’elle n’y sera pas contrainte. Et cette contrainte ne peut venir que de l’extérieur. En attendant, force est de faire le tant décrié “amalgame” et de s’opposer, par tous les moyens, à l’hégémonisme et à l’invasion musulmane.

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