mercredi, 17 octobre, 2018

“Alya à Metz”: les réactions fusent!

Après le débat sur l’Alyah à Metz, la reflexion de Shalom Wach 

Savoir tirer les leçons de l’Histoire

 

Le “Poulmous”, la polémique autour du projet d’Alyah à Metz, largement débattue dans LPH ainsi que sur les réseaux sociaux, m’a rappelé un autre “Poulmous”, connu dans la hassidout de Belz, dont mes parents zal sont originaires, mais très peu connu à l’extérieur du monde hassidique: le “Poulmous Hadrasha” le débat autour d’une célèbre Dracha prononcée en janvier 1944 à Budapest par le Rabbi de Beltz 

J’ai donc pensé que dans le contexte actuel, alors que des Juifs sans aucun doute sincères, vantent la sérénité de leur ville, afin de persuader d’autres Juifs de venir s’y installer,  il serait bon et utile de rappeler cet épisode  douloureux…afin que nous soyons capable de tirer les leçons de l’Histoire, en particulier en cette période de l’Omer:

 

Pour débuter, un rappel historique: nous sommes au cœur de la Shoah, en Pologne.

Depuis le début de la Guerre, le rabbi de Belz, rav Aaron Rokah, 4ème Rabbi de la dynastie et son frère  rav Mordehaï surnommé aussi le rabbi de  Bilgoria,n’ont cessé de fuir.  De Belz, leur ville-bastion, d’abord; puis de Parmichlan où le Rabbi perd un fils et de nombreux membres de sa famille dans l’incendie du Bet Knesset local par les Nazis. Sa tête est mise à prix par les Allemands. Grace à un vaste réseau de contacts et à des moyens financiers importants, le Rabbi parvient à arriver à Cracovie . Après avoir passé plusieurs mois dans le ghetto de Cracovie, le Rabbi et son frère parviennent à s’enfuir de Pologne lors d’une opération  complexe et dangereuse et ce grâce à un officier polonais qui servait dans les services de renseignements hongrois. Ils arrivent en mai 1943 à Budapest. A cette époque la Hongrie est dirigée par le régent Miklos Horty qui, tout en étant un ultra nationaliste, allié d’Hitler, refuse de livrer les Juifs de son pays aux Nazis.  En arrivant à Budapest qui n’est donc pas encore occupée par les Nazis, le Rabbi de Belz est  assigné à résidence par les autorités hongroises. Mais la nouvelle de sa venue se répand comme une trainée de poudre et de nombreux hassidim de Belz et d’autres cours hassidiques se pressent à son domicile pour recevoir sa Bénédiction. De Budapest, le rabbi œuvre pour venir en aide à ses hassidim restés en Pologne , dans ce qu’il appelait lui-même, le “charnier”.  Parallèlement, et après avoir appris que la Gestapo le réclamait auprès des Hongrois, il entreprend des démarches auprès des autorités suisses, britanniques et américaines, afin de recevoir un “certificat” pour monter en Eretz Israel. Il convient ici de préciser qu’avant-guerre, le Rabbi s’était clairement positionné contre le mouvement sioniste. Preuve en est: la très puissante  hassidout de Belz n’était pas représentée au sein de la Agoudat Israel, entre autre parce que la Agouda était membre des instances politiques de l’Organisation Sioniste. Pourtant, cela n’a pas empêché le Rabbi et son frère d’entreprendre des démarches auprès des responsables de l’Agence Juive afin d’obtenir le “certificat” leur permettant de monter en Eretz Israel. Ces efforts aboutiront et c’est en septembre 1943 que le Rabbi et son frère reçoivent les documents nécessaires pour monter en Eret Israel.

Il faut également préciser que , durant son passage à Budapest, le rabbi de Belz aura un très vif débat idéologique avec celui qui fut l’un de ses proches disciples, le rav Issahar Dov Teichtel, l’une des plus grandes figures du judaïsme ‘harédi hongrois qui, face aux horreurs de la Shoah, a radicalement modifié son positionnement antisioniste et  a considèré, en fin 1943 dans un livre intitulé “Em Habanim Semé’ha” en substance que la Shoah était une punition divine consécutive  au rejet de la notion d’alya en Eretz Israel par le monde orthodoxe d’Europe Centrale. Le rav Teichtel n’a pas survécu à la Shoah des Juifs hongrois. …

Le Rabbi de Belz exprimera clairement sa position dans une Dracha, un sermon célèbre que son frère rabbi Mordehaï prononcera en son nom le 16 janvier 1944, à la veille de leur départ vers Eretz Israel.

Le Rabbi consacre une partie importante de ce sermon à une question clé qui interpelle de nombreux Juifs croyants et pratiquants en cette période de persécutions sans précédent: “Pourquoi les rabbanim, les leaders du judaïsme religieux n’ont pas vu venir la catastrophe? Pourquoi n’ont-ils pas prévenu leurs fidèles, leurs disciples de l’imminence de la Shoah qui allait s’abattre sur eux? Et pourquoi n’ont-ils pas appelé leurs communautés à monter en Erets Israel lorsqu’il était encore temps.?

Le Rabbi, en ce milieu du mois de janvier 1944, et alors que le l’Europe est à feu et à sang, répond à cette question, via son frère, en affirmant, dans son sermon, que ceux qui la posent sont “faibles dans leur foi en D.” Il qualifie les responsables du mouvement sioniste de “faux prophètes…. Selon lui: “La Shoah est une épreuve que D. nous envoie afin de voir si nous allons être tentés par des faux prophètes”

Le Rabbi affirme que cette période douloureuse est celle de l’engendrement du Machiah et que le rôle des hassidim est avant tout de faire Techouva afin d’accélérer la Guéoula.

Le Rabbi appelle , dans ce sermon, ses disciples qui en ont les moyens à venir en aide à ceux qui sont dans le besoin,  et qui vivent en particulier dans les camps de réfugiés installés dans la proximité de Budapest.

Mais la partie la plus problématique de ce sermon et celle qui a provoqué le “poulmous” le plus vif débat, est la suivante:

Le Rabbi explique alors à ses disciples, très inquiets, qu’il a décidé de les quitter pour rejoindre Eretz Israel, et que c’est la son désir de longue date, uniquement pour des motivations spirituelles. Voici les termes que son frère , Rabbi Mordehaï utilise:

“Une chose encore: je voudrais éclairer vos yeux  et réveiller votre cœur après avoir entendu que nombre d’entre vous étaient effrayés par notre départ; que vous étiez préoccupés par l’avenir et que vous vous disiez : quel danger va-t-il planer sur nous et sur ce pays? Apres avoir entendu dire: Le Rabbi s’en va en Erez Israel  parce que la bas il  trouvera le calme et alors qui nous protègera?

 Alors permettez-moi de vous dire que celui qui connait mon grand frère(Le Rabbi) sait qu’il ne s’enfuit pas dans la précipitation et que son départ est mu par son aspiration à s’installer en Terre Sainte , une terre bénie par 10 saintetés. Cela fait très longtemps qu’il aspire à aller vers la ville de l’Eternel(Jérusalem) afin qu’il puisse de là-bas intercéder auprès du Tout Puissant pour qu’il mette fin à nos souffrances et que nous puissions survivre.

Et je puis dire que le Rabbi voit que dans ce pays (la Hongrie) règnera la paix et la sérénité  et que seul le Bien et uniquement le Bien, le Tov poursuivra nos frères juifs dans ce pays”…..

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Le lendemain, le Rabbi de Belz et son frère quittaient la Hongrie.. Deux mois après ce sermon “d’apaisement”, les Nazis occupaient la Pologne et durant le printemps 44, en particulier durant les 7 semaines de la période de l’Omer, 440.000 Juifs hongrois et réfugiés de Pologne dont des milliers de hassidim de Belz étaient déportés et exterminés à Auschwitz-Birkenau.

On comprend mieux maintenant le Poulmous , le débat provoqué par ce sermon du 4ème Admour de Belz.

Et effectivement au lendemain de la Shoah cette Dracha, a fait l’objet de nombreux commentaires : certains ont pointé un doigt accusateur en direction du Rabbi affirmant que celui-ci avait fait montre de bien peu de leadership en abandonnant ses disciples aux griffes des Nazis. Ceux là ont mis en avant des témoignages de déportés qui peu avant d’entrer dans les chambres à gaz d’Auschwitz ont accusé le Rabbi de Belz mais plus généralement les Admourim qui avaient fui, d’avoir provoqué par leur comportement une véritable profanation du nom divin (‘Hiloul Achem”)

D’autres, au contraire, prendront la défense du Rabbi de Belz en insistant sur le fait que durant toute la guerre, il avait été activement recherché par les Nazis, que sa tête était mise à prix et que la fuite était pour lui, bien plus que pour d’autres, l’occasion d’échapper à une mort certaine. Ces mêmes  historiens, proches de la mouvance orthodoxe, ont également précisé que si le Rabbi avait quitté la Hongrie c’était avant tout à la demande de ses plus fidèles disciples afin qu’il puisse rejoindre la Terre d’Israël et y restaurer la hassidout, si durement touchée. Quant à la prophétie du Rabbi qui ne s’est pas concrétisée, ces historiens du monde hassidique l’interprètent comme le reflet de l’état d’esprit qui dominait en janvier 44 à Budapest, selon lequel jamais les Nazis n’occuperaient la Hongrie.  

Toujours est-il qu’en 1961 , lors de la réédition du texte intégral de la Dracha du 16 janvier 1944, les hassidim de Belz, ont pris soin de retirer la partie du texte dans lequel le Rabbi rassure ses ouailles et leur affirme qu’ils seront en sécurité en Hongrie. Certains hassidim  diront que ces lignes ont été retirées afin de ne pas “mettre le Rabbi dans l’embarras”….

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Y a-t-il une comparaison à faire entre ce discours du rabbi de Belz en janvier 44 et l’appel de la communauté de Metz? Certains diront qu’elle est exagérée. Peut-être.

Ce qui est certain, c’est que notre devoir est de savoir toujours tirer les leçons de l’Histoire afin que celle-ci ne se répète pas…..

Shalom Wach, fondateur du Projet d’Alya de groupe.

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